Faire autrement, voir autrement

L’usine à idées de Philippe Dancause

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Une certaine idée du nord (2)… réflexions sur le visage de « l’autre »

29 août 2009 · 1 commentaire

20090813-20090813-DSC_3645Un petit moment pour ajouter quelques idées sur mon expérience nordique. Les premières se trouvent dans mon billet précédent.

Je débute cette deuxième partie de mes réflexions sur le nord en reprenant une forte heureuse idée de Jean-Sébastien, soit celle de livrer à travers la nature impressionniste de la poésie les impressions que m’ont laissées mes moments à Wedge point. Tout au long de mon séjour, l’homme rapaillé de Miron m’a suivi dans mes marches solitaires. Il est naturel donc que le prochain extrait en soit tiré :

Nature vivante

Le vent rend l’âme dans un amas d’ombre
les étoiles bourdonnent dans leurs feux d’abeilles
et l’air est doux d’un passage d’écureuil
tu déjoue le monde qui assiège nos lieux secrets
tu es belle et belle comme des ruses de renard

Par le vieux silence animal de la plaine
lorsque fraîche et buvant les rosées d’envol
comme un ciel défaillant tu viens t’allonger
mes paumes te portent comme la mer
en un tourbillon du coeur dans le corps entier

L’autre qui se révèle à travers des noms et des visages

Les 7 journées passées à discuter de questions que, bien humblement, je maîtrisais beaucoup moins bien que mes comparses m’ont permis de faire évoluer ma compréhension de la question autochtone et de l’enjeu du territoire dans notre futur commun.

Bien que tout ceci soit intéressant, je prends un instant pour mettre à l’avant une dimension qui a fait toute la différence dans la façon dont j’ai développé mes impressions : celle de l’autre qui se révèle à travers des noms et des visages.  Voyez-vous, j’ai eu l’incroyable occasion de développer ma conscience de ces questions non seulement par l’intégration de nouveaux faits et connaissances, mais aussi en apprenant à connaître des personnes qui portent en elles ces questions.

J’ai ri, eu des conversations sérieuses, taquinées, échangé des niaiseries, porté du bois, essuyé la vaisselle avec des personnes qui sont aujourd’hui importantes pour moi.

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Bon, c’est bien, j’ai de nouveaux amis vous me direz (et vous avez raison!).

L’idée que je veux transmettre ici est la suivante : mes opinions sur les questions discutées ont pris leurs racines et leurs couleurs à travers des visages et à travers le sens que ceux-ci ont pour moi. Au-delà des faits, de la logique, le l’analyse intellectuelle, de ce que j’appelle l’expertise du domaine, je me rends compte que le fait de connaître « l’autre » et de me sentir connu par lui est l’un des facteurs ayant eu le plus d’effet sur le développement de mes opinions et de mes positions sur les sujets discutés.

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À partir de ceci, je pose la question suivante : comment réfléchir et développer des opinions sur des sujets qui impliquent des gens qu’on ne connaît pas?  Des opinions sur des « contextes sans visages »?  Comment oser poser des jugements définitifs?

Évidemment, l’expérience décrite ici n’est qu’une représentation personnelle et à grands traits d’un phénomène qui se retrouve partout!  Un dirigeant qui prend des décisions qui ont des impacts sur ses employés, un ministère qui développe des mesures pour « la population », une personne de l’usine qui porte un jugement sur les ressources du département des finances. Un adéquiste qui porte un jugement sur les assistés sociaux qui « se font vivre »…

En fait, le phénomène est tellement commun qu’on vit en général très bien avec celui-ci (peut-être est-il même nécessaire!).

Il me semble toutefois qu’une clé permettant d’ouvrir les possibilités ou de mieux résoudre les problèmes se trouve dans l’exploration de cette partie des questions qui impliquent des groupes, des personnes, des lieux sans visages.  Prendre le temps d’aller sur le terrain, de connaître des individus (assez pour qu’ils aient des noms et des aspirations), de sentir la place me semble être un moyen fabuleux pour faire émerger de nouvelles façons de voir les choses.

  • Comment créer des occasions où les personnes impliquées dans le développement de solutions communes peuvent développer une connaissance personnelle de l’autre?
  • Comment amener ceux qui décident pour d’autres à développer une connaissance personnelle de ceux-ci?
  • Comment donner aux personnes d’un autre silo organisationnel un visage connu? Comment comprendre à travers eux?
  • Comment, pour un employé d’un ministère, donner au citoyen un visage ?

Les moyens pour y arriver existent:

  • Provoquer des moments mettant en présence les « deux partis »
  • Créer des situations hors des configurations courantes d’échanges
  • Organiser des « learning journeys » (parcours d’immersions)
  • Intégrer à l’organisation ou aux projets des démarches de dialogues (un article intéressant de William Isaacs sur ce sujet)
  • Mettre les personnes en présence de la vision intime de l’autre (les films produits par la Wapikoni mobile sont un bel exemple)
  • etc.

Bien que ces façons de faire ne soient pas nécessairement simples ou parfaitement efficaces, le vrai problème demeure celui de la conscience de l’importance de donner à l’autre un visage; de l’importance de reconnaître que le jugement de l’autre sans le connaître minimalement, n’est qu’un moyen approximatif afin d’avancer dans un processus de réflexion. On méprend trop souvent ces approximations de l’autre pour des réalités…

En somme, pour ouvrir de nouvelles avenues, faire émerger de nouvelles solutions, débloquer des débats stériles et réchauffés, il me semble nécessaire de prendre le temps de s’imbiber de la réalité de l’autre. D’aller voir « pour vrai ».  Vous remarquerez que ceci se fait plus avec le coeur et les yeux qu’avec la tête…  ;-)

Cette façon de voir est, il me semble, un chemin trop peu fréquenté. Peut être un raccourci oublié vers des nouvelles pistes communes, ou encore une voie de sorti à explorer dans des débats sans issus?

Voilà pour aujourd’hui.

La suite des mes idées du nord :

  • Le lien avec la terre
  • L’appel sanguin du débat et la nécessité de co-créer un futur idéal
  • Impressions laissées par la visite de Louis-Edmond Hamelin
  • La nécessité du NOUS
  • Ramener le nord au sud
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Catégorie(s) : Expériences · Réflexions

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