Faire autrement, voir autrement

L’usine à idées de Philippe Dancause

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Faire autrement… à la chambre de commerce.

9 mai 2009 · 4 commentaires

3510001245_0a9b0bcef6_bLes sommets économiques sont souvent très ennuyeux et, surtout, très prévisibles. On en tire la plupart du temps la même liste de propositions. On y sent aussi souvent un esprit revendicateur : donnez-nous les ingrédients demandés et nous vous livrerons de la prospérité.

Grisvert a tenté d’apporter sa contribution et de faire évoluer un peu la formule…

Mercredi dernier (le 6 mai), c’est à une tout autre rencontre qu’a été conviée la communauté d’affaires de Québec et de Lévis. Le sommet économique de Québec intitulé Affaires vision 2025 a, je pense, mis sens dessus dessous les conventions et les approches traditionnelles en invitant les gens d’affaires et décideurs à réfléchir ensemble, « sans filet », à une vision pour Québec ainsi qu’au moyen à entreprendre DEMAIN MATIN pour y arriver.

Contrairement aux approches de concertation traditionnelles, on ne retrouvait donc pas :

  • De propositions comme point de départ de la réflexion
  • De programme pré-réfléchis pas des lobbys ou décideurs locaux
  • De communiqué de presse pré-écrit…

Les trois chambres de commerce (Québec, Lévis, et jeune chambre – une première historique!) ont plutôt osé construire une journée utilisant des approches avancées de co-création afin de permettre de faire émerger une vision et des idées fraîches et engageantes pour la communauté.

Les gens d’affaires présents ont donc eu l’occasion d’expérimenter des techniques de dialogue telles que le world-café et le pecha kucha pour permettre une exploration profonde des idées et le développement de consensus forts.

  • En avant-midi, 12 personnes ont eu l’occasion de venir présente LEUR vision de la ville en 2025. Ceci visait à nourrir les personnes présentes.  Cette superposition de visions, chacune ayant leur dose de réalisme et de folie, était intéressante. Elles ont permis, il me semble, d’allumer les idées.Je me permets ici de formuler une critique aux médias: la plupart des journalistes ont construit leur topo à partir des présentations du matin.  C’est un peu bizarre, car aucune réflexion n’avait encore eu lieu et que ce qui a été présenté en avant-midi n’était qu’une addition de visions personnelles!  Pas très fort….Deuxième critique : les Jeux olympiques ne font pas partie des propositions retenues et tous les médias les  présentent comme la principale proposition. Bon dieu, d’où sortent-ils ça!
  • En après-midi a eu lieu ce qui me semble être le plus intéressant et le plus productif de la journée.  Un grand world-café a été tenu afin de permettre l’identification de propositions. Pour ce faire, plusieurs tables ont été créées autour de sujets tels que les arts et divertissement, l’éducation, le développement durable, la science et les technologies, etc.  Chacun des participants était invité à réfléchir sur ce qui pouvait être initié DEMAIN MATIN afin de mettre Québec sur la voie de 2025.L’approche du wolrd café est intéressante pour ce genre de réflexion. Dans le présent cas, chacune des tables réfléchissait à son sujet pendant 15 minutes.  Par la suite, 5 des 6 personnes présentes à une table donnée devaient aller passer 15 minutes à une autre table (donc sur un autre sujet) pour nourrir une autre réflexion et se nourrir de ce qui y avait été dit.  Par la suite, chacun était appelé à revenir à sa table initiale pour compléter la réflexion sur son thème et émettre une proposition.J’ai été surpris de ce qui est ressorti comme proposition.  Certaines m’ont semblé intéressantes sans plus (mais je comprends qu’elles représentaient la vision de personnes et qu’elles étaient légitimes). D’autres, toutefois, m’ont paru profondément imaginatives et mobilisantes. Qui plus est, plusieurs de ces idées étaient ou bien nouvelles ou renaissantes d’entre les cendres. De beaux bijoux donc!

Bon. Qu’est-ce qui en ressort et quelles critiques peuvent être formulées sur cette approche?

Les points forts:

  • J’y ai rencontré des personnes exceptionnelles avec qui j’ai le goût de faire des choses.  Des personnes que je n’aurais probablement jamais rencontrées
  • J’ai eu vent de personnes qui justement ne se connaissaient pas le matin et qui ont poursuivi jusqu’à tard le soir leurs discussions.
  • J’y ai entendu des engagements personnels de personnes prêtes à mener d’elles-mêmes certaines initiatives à leur échelle.
  • J’y ai vu des personnes actives, souriantes et profondément intéressées  par l’avenir de leur ville (personne d’endormi à 14h!).  Il y avait là une quantité énorme d’énergie.

Les critiques qui pourraient être formulées:

  • Il y a des idées de fous et ça va coûter cher : c’est vrai, personne n’a parlé de $ hier.  Ce n’était toutefois pas le moment.  À mon sens, il est impossible de demander à un groupe de rêver et d’imaginer un futur idéal et, au même moment, lui demander d’estimer les coûts et la faisabilité.  Il y a un moment pour tout. Là, c’était pour l’imagination.  J’ai, sur ce sujet, très apprécié le rappel que Clément Laberge (sa présentation est ici) a fait sur les perceptions qu’avaient les Parisiens de la tour Eiffel à la fin du siècle dernier : une monstruosité qui a coûté trop cher! Sur les idées de fous: à bien regarder, sur les 10 idées qui ont été retenues en fin de journée, il n’y en a pas plus de 2 qui m’apparaissent un peu plus folles (le skytrain, le passage sous-fluvial).  Tout le reste est très réalisable, n’est pas une question de coûts (mais bien de mobilisation) et ferait de Québec une ville unique.
  • Est-ce faisable et qu’en pensent les experts? : Évidement, les propositions formulées ne viennent pas d’experts. Elles viennent de gens d’affaires et d’acteurs divers de la grande région de Québec. Il serait inconcevable de les voir se mettre en œuvre sans être analysées, optimisées, raffinées.Je formule toutefois deux observations sur ce sujet:
    • Il est probablement plus efficace de faire émerger une vision engageante pour la communauté et ensuite de la rendre faisable à l’aide d’experts et de travaux d’analyse que de faire le contraire, soit produire une vision déconnectée et pré-analysée pour ensuite tenter de convaincre la communauté (qui aura des attentes et fort probablement des intrants à amener au problème).
    • En partant d’une vision formulée par un grand groupe de généralistes, il y a de fortes chances pour :
      • qu’émergent de toutes nouvelles propositions qui n’ont jamais auparavant été traitées aux tables existantes de décideurs
      • que les propositions soient moins influencées et filtrées par les lobbys prêts des décideurs.  Les techniques qui ont été utilisées permettent aux bonnes idées de se répandre dans le groupe à très grande vitesse. Elles permettent aussi de voir s’éteindre toute idée qui ne trouve pas preneur ou suscite la suspicion (ce qui est le cas pour plusieurs projets ou idées proposés par les lobbys traditionnels).
      • Les propositions formulées proposent toutes une certaine vision et recèlent toutes une énergie bien à elles.  En partant de ces propositions pour ensuite les approfondir à l’aide d’experts, les projets concrets qui seront proposés pourront être évalués en relation avec « l’esprit de l’idée première » afin de s’assurer de ne pas accoucher d’une sourie et de ne pas perdre toute la saveur de la proposition originale.

En somme, tout ceci n’a été qu’un début. Il reste un important travail d’analyse, de représentation, de raffinement à faire pour voir ces propositions produire des résultats dans la ville.

L’initiative Québec vision 2025 aura toutefois produite deux choses très concrètes et essentielles:

  1. Une vision engageante et réellement imaginative. Quoi qu’on en dise, on ne peut pas créer un futur radicalement nouveau si on n’a pas, à la base, une vision forte.  On ne parle pas ici d’améliorations incrémentales (qui sont évidemment nécessaire) mais plutôt d’idées regénératives et transformatives.
  2. Des liens entre personnes autour d’idées qui les passionnent.  Plusieurs des participants ont pu développer des liens avec des gens non pas autour de leur statut ou de leur rôle, mais bien autour de leur passion commune pour certaines des idées qui ont été produites lors de la journée.  J’ai reçu trop de témoignages à ce sujet pour que ce phénomène soit l’exception.  Plusieurs relations nouvelles ont débuté lors de cette journée.  Pour la vivacité d’une ville et pour le développement d’une collaboration « inter-silos », c’est fabuleux (et trop rare).

Voilà à chaud mes impressions.  J’espère voir se multiplier ces moments de dialogue dans d’autres lieux d’échanges locaux.  C’est par des conversations riches et engageantes que naissent les grandes initiatives et que se tissent les liens nécessaires aux grandes collaborations.

Pour conclure: un énorme bravo à Jean-Sébastien Bouchard pour l’animation.  Il a lui-même incarné l’énergie que visait à produire cette journée!

p.

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Catégorie(s) : Expériences · Outils · Pratiques et façons de voir · Québec · Uncategorized

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