Chaque semaine (ou presque), les membres de l’équipe de Grisvert partagent leurs réflexions et commentent le chemin parcouru.
Jean-Sébastien
Francis, mon garçon de 7 ans, me demandait depuis quelques mois à quel moment il serait rendu assez vieux pour venir animer avec moi. J’ai exaucé son souhait la semaine dernière en l’emmenant avec moi animer les chantiers de la relève à Baie-Comeau (la photo d’entête de cette page montre Francis en train de préparer le centre du cercle). Les conditions étaient parfaites: Francis était en relâche, j’y allais en auto, c’était en Forum ouvert (donc beaucoup de moments libres pour le facilitateur), le thème s’articulait sur l’entrepreneuriat chez les jeunes, j’allais coucher chez un bon copain et, enfin, je savais que mes clients verraient d’un bon oeil la présence d’un enfant. Ça a été une super belle expérience! Francis a fait ça comme un grand et, le plus drôle, c’est quand je lui ai demandé de me décrire ce qu’il avait compris de mon travail. Sa réponse a spontanément été «ben, tu dis aux gens quoi faire et toi tu ne fais rien! » Il a bien saisi l’essentiel du travail de facilitateur lors d’un Forum ouvert: ouvrir l’espace, camper le contexte et se tasser du chemin pour laisser les participants faire ce qu’ils ont à faire! C’est évidemment plus complexe et nuancé que ça, mais en gros, on a l’air de ne presque rien faire de la journée! Une belle journée avec un beau groupe et un assistant génial!
De Baie-Comeau, j’ai fait un bref passage à Québec pour démarrer une démarche de gestion du changement dans une organisation gouvernementale. J’y joue un rôle de facilitateur en soutien aux experts en gestion du changement. C’est très intéressant parce que les dynamiques collaboratives viennent enrichir une démarche structurée et la plupart des intervenants voient bien la valeur ajoutée du processus de collaboration. Et surtout, nous avons le soutien de la haute direction, ce qui est un facteur-clé dans une telle organisation.
Après deux journées à la maison, je me suis envolé vers l’Abitibi pour animer la dernière étape d’une tournée régionale que j’avais démarrée en novembre dernier (j’avais animé la première étape et formé les deux animatrices qui ont fait les autres étapes. On m’avait invité à venir animer la dernière étape). Le lendemain, j’animais un atelier de formation pour l’équipe de la CRÉ de l’Abitibi-Témiscamingue. Une super belle journée avec une équipe jeune et allumée. Nous avons exploré, à partir de nos expériences, les contextes dans lesquels la collaboration est une bonne option… et ceux où ça n’en vaut pas la peine. Nous avons découvert les différents domaines de la complexité (schéma ci-contre), les bases du design de processus et quelques méthodes d’animation. Ils ont bien compris qu’ils n’y a pas de recette: on doit travailler avec notre savoir-être et notre savoir-faire et, surtout, travailler à toujours bien identifier les bases de chaque démarche (pourquoi on le fait et quels sont les principes).
Cette semaine, je planche sur deux événements d’envergure dans lesquels nous explorerons de nouvelles manières de créer un horizon de sens et de dégager un consensus social dans des projets où l’on observe une polarisation de l’opinion des parties prenantes. Les enjeux sont importants et nous sommes réellement en mode exploration. Je vous en reparle!
Enfin, le dialogue occupe une grande place dans mes réflexions ces jours-ci. L’actualité fourmille d’appels au débat et au dialogue et il y a une grande méconnaissance de ce que sont réellement le dialogue et le débat. Voici la définition de William Isaacs que l’on peut lire dans un des ouvrages les plus fondamentaux sur ce sujet, Dialogue and the art of thinking together (traduction libre de l’anglais):
Généralement, on pense que le dialogue est une «meilleure conversation». Le dialogue, comme je le définis, est une conversation avec un centre, sans côtés. C’est une manière de capturer l’énergie de nos différences et de la canaliser afin de faire apparaître quelque chose de nouveau qui n’a jamais encore existé. Ça nous élève au-dessus de la polarisation vers un sens commun plus grand et consiste en ce sens en un moyen d’accéder à l’intelligence et à la puissance de coordination des groupes et des gens. […] Le dialogue ne résout pas les problèmes, il les dissout! On ne cherche pas nécessairement à s’entendre, on cherche plutôt à créer un contexte duquel découleront une multitude d’ententes. Et nous cherchons à identifier une base de sens partagé qui peut grandement contribuer à la coordination et à l’alignement de nos actions et de nos valeurs.
Une conversation avec un centre, sans côtés. J’aime l’image! Je vais l’utiliser bientôt, c’est certain!
Ce matin, j’avais besoins d’aller chercher un peu de profondeur et d’ancrages pour me donner le courage de continuer. Le travail que je fais n’est pas facile. Il y a une majorité de gens qui sont emballés par les démarches que j’anime, mais il y a aussi des détracteurs et des gens qui sont franchement hostiles à l’égard de mon travail. Ça me touche, ça me blesse souvent, mais surtout, ça me pousse à me questionner et à constamment remettre en question l’utilité et la pertinence de ce que je fais. Ces instants de doute sont fréquents, mais il en émerge toujours une volonté et une clarté renforcées. C’est ce qui me donne la force de poursuivre mon chemin! Ce matin, c’est chez Adam Kahane que j’ai trouvé ce qu’il me fallait pour me donner une impulsion. Son dernier ouvrage, Power and love. A theory of social change, est un bijou d’humilité et de clairvoyance. L’expérience de Kahane et son désir d’avancer apportent un éclairage important et inspirant pour ceux et celles qui croient que l’espoir ne réside pas dans le débat et la polarisation, ni dans la volonté de quelques leaders autoritaires et imbus d’eux-mêmes!
Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se construit en marchant. En marchant se construit le chemin, et en regardant en arrière on voit la sente que jamais, on ne foulera à nouveau. — Antonio Machado
Étienne
Une belle semaine, variée, occupée et avec un brin d’adrénaline: voilà comment je résumerais ma dernière semaine!
Pour débuter, un nouveau mandat avec un groupe de pionniers qui souhaite voir naître les premiers Fab Labs au Québec. Si vous êtes comme moi avant que je ne les rencontre, vous ne savez probablement pas ce qu’est un Fab Lab. En quelques mots, un Fab Lab est un atelier ouvert au public offrant une collection de ressources libres et variées (machines-outils pilotées par ordinateur, connaissances, personnes…) pour fabriquer ses propres objets. Fab Lab est l’abréviation de « Fabrication Laboratory ». J’aurai le plaisir de faciliter la première rencontre de cette communauté le 30 mars prochain à l’Usine C. L’événement vise à tisser le réseau des porteurs d’une culture de fabrication numérique à la portée de tous et toutes et à encourager l’émergence d’initiatives porteuses au Québec. L’invitation est lancée à tous ceux et celles qui sont intéressés!
Ensuite, j’ai fait un plongeon dans l’univers des centres de contacts clients en participant à la deuxième édition d’un événement organisé par Les Grandes Conférences Les Affaires pour cette industrie. J’ai eu le plaisir d’y faciliter un atelier sous forme de «world conversation café» qui a permis aux participants d’intégrer une partie des nouvelles connaissances qu’ils venaient d’acquérir et de réfléchir sur ce qu’ils pouvaient faire collectivement pour répondre aux principaux enjeux de leur industrie. Encore une fois, une approche collaborative a permis de livrer la marchandise tant pour les participants qui n’ont pas hésité à se lancer dans des échanges passionnés, que pour les organisateurs qui ont vécu leur premier «world conversation café».
J’ai également eu la chance d’être invité dans le cours d’un groupe d’étudiants du doctorat en psychologie de l’UQAM pour échanger avec eux sur mes expériences d’intervention en consolidation d’équipe et en développement d’équipe de leaders. Une belle rencontre qui m’a permis de découvrir des étudiants passionnés par leur domaine d’études qui veulent en apprendre davantage sur les réalités du monde du travail. Ils m’ont également fait faire de belles prises de conscience sur certains aspects de ma pratique. Merci Béatrice, Benjamin, Dominique, Marie-France et Marjolaine! Merci à Julie de m’avoir invité!
Je termine en partageant une réflexion: pourquoi encore organiser des rencontres physiques où plusieurs personnes sont invitées quand l’agenda n’est fait que de présentations et où les périodes d’échanges sont réduites au minimum? Ne pourrait-on pas diffuser cette information préalablement à la rencontre en utilisant les moyens technologiques disponibles et utiliser le temps de rencontre pour tirer profit du savoir et de la sagesse de ceux qui sont réunis en leur proposant un agenda fait de conversations où la responsabilisation des individus est omniprésente? Dans bien des cas, un seul obstacle: la peur de la perte du pouvoir et du contrôle!
Bonne semaine!
Caroline
Cette semaine, j’ai travaillé sur une récolte moins volumineuse, mais qui m’a demandé d’être plus créative pour faire la synthèse des données. L’objectif premier de la rencontre qui a donné lieu à la récolte était d’explorer les pistes d’action et de collaboration qui auraient le plus de potentiel pour le futur.
En parcourant les données et en essayant de faire ressortir des éléments de convergence, je me suis rendu compte que ce qui avait été identifié par les participants à l’événement comme des pistes d’actions/initiatives ou idées de projets ressemblait davantage à des énoncés de problématique et à l’identification de besoins spécifiques (ex. nous souhaitons mieux collaborer, nous aimerions que les partenaires s’impliquent davantage, etc.), ce qui reste assez vague. Quand ce genre de données prédomine dans une récolte, ce n’est pas signe que les gens qui ont participé ont travaillé moins fort, mais bien qu’ils ne sont pas encore prêts à passer à l’étape de convergence, ni à définir «comment» mettre les pistes d’actions en oeuvre. Sans nécessairement être en divergence, les membres du groupe démontrent ainsi qu’ils ont besoin d’échanger plus longuement sur la problématique et de mettre la table ensemble pour éventuellement imaginer des pistes d’actions plus concrètes.
Dans ce cas, et puisque la récolte contenait beaucoup d’énoncés de problématique et peu de pistes d’actions concrètes, j’ai décidé de construire un tableau troué, à partir de la synthèse des idées qui étaient ressorties, des éléments divergents et convergents pour éventuellement présenter ce tableau aux participants afin qu’ils puissent essayer de le compléter ensemble comme prochaine étape de leur cheminement. Le tableau a été conçu de la façon suivante :

En plus de présenter les énoncés de problématique et les besoins identifiés lors de la rencontre (1re colonne), le tableau permet d’ajouter des pistes d’action plus concrètes (2e colonne), et de réfléchir à qui peut contribuer à sa mise en œuvre (3e et 4e colonne). Le tableau sera envoyé prochainement aux participants qui seront invités à le compléter en ligne.
Bref, j’ai hâte de voir ce que ça va donner, si les idées vont cheminer, si d’autres pistes d’actions vont s’ajouter ou se modifier. En tout cas, il n’y a pas doute on reste dans le travail participatif. Je vous tiendrai au courant de l’évolution de cette idée.
D’ici là, bonne semaine à tous!




